Pierre Barbier dans l’attente

Depuis le début du mois d’août, une poignée de jeune coureurs découvre le monde professionnel. Comme chaque année, les équipes World Tour, Continentales Pro et Continentales engagent des stagiaires pour les deux ou trois derniers mois de la saison. La Gazette des Sports vous les présente dans Vie de Stagiaire.

Mardi 23 août. Les coureurs, lancés à pleine vitesse, abordent le final de la première étape du Tour du Poitou-Charentes, vers Puilboreau, dans la banlieue de La Rochelle. La chaleur caniculaire s’abat sur le peloton. Le sprint approche. La tension monte. Un ilot central. Un coureur de la Movistar se rabat et c’est la chute. Pierre Barbier, 18 ans, stagiaire professionnel chez Roubaix Lille-Métropole, ne peut rien faire. Il est projeté au sol. Il ne restait que 10 kilomètres à parcourir. Son travail de poisson-pilote pour son sprinteur de grand frère, Rudy, était sur le point d’aboutir. Touché, mais pas abattu, le Picard se relève.

Immédiatement, il sent la douleur lui transpercer l’avant-bras gauche. «Je le sentais mal…» confie Pierre Barbier. Car le jeune coureur encore Espoir 1ère année reconnait cette douleur. «L’an dernier, en fin de saison, je me suis cassé le scaphoïde en course. Alors là, j’ai vite compris. C’était pareil. Je ne pouvais plus plier le poignet, ni tenir le guidon.» Et pourtant, Pierre termine l’étape. Sans se faire d’illusion. «J’ai quand même fini mais en rentrant à l’hôtel, mon directeur sportif m’a accompagné à l’hôpital. Là, on m’a diagnostiqué une fracture.» conte l’intéressé, sans cacher sa déception. Le médecin lui impose alors un repos de deux mois. L’avant-bras dans le plâtre. La tuile pour le stagiaire qui n’a que trois mois pour faire ses preuves aux côtés des professionnels. Pierre Barbier a de la ressource. «Jeudi prochain, j’ai rendez-vous chez un spécialiste. Il va me faire passer de nouvelles radios et peut-être m’opérer…» En attendant, le Picard doit passer le temps. Entre Vuelta et Tour de l’Avenir, le rapide sprinteur ronge son frein et pense déjà à son retour. «Si on me propose l’opération, je dirai oui directement. Ça réduirait la convalescence de moitié !» De quoi permettre au coureur du VC Rouen 76 de revenir pour la fin de saison sur route et de peut-être prendre part à l’Eurométropole Tour. Une der avec son frère.

Bien qu’il n’ait pas encore 19 ans, il les aura à la fin septembre, Pierre Barbier a de la suite dans les idées. Troisième de Paris-Troyes, avec les professionnels, en début de saison, le Picard comptait bien confirmer lors de son stage au sein de la formation nordiste. «L’équipe me fait confiance. Je voulais prouver de quoi j’étais capable, surtout sur le Poitou-Charentes, où quatre des cinq étapes se terminent au sprint.» décrypte le stagiaire. Car ce qu’il aime, lui, Pierre, ce sont les arrivées massives. Comme son frère, Rudy, de cinq ans son aîné. «Au Poitou-Charentes, comme précédemment sur le Tour de l’Ain, j’étais là pour aider mon frère. Les dirigeants de Roubaix ont remarqué que Rudy était souvent seul à l’approche de l’emballage final. Je suis plutôt rapide et entre frères, on s’entend bien. On se trouve facilement.»

Une osmose fraternelle qui a failli faire mouche dès la première apparition des Barbier(s) sous le même maillot, lors de l’étape inaugurale du Tour de l’Ain. «Je me voyais déjà lever les bras en même temps que lui !» glisse-t-il, alors que son frère prend la 2e place derrière… Matteo Trentin. Rien que ça. «C’est frustrant de le voir faire deuxième, mais c’est déjà superbe pour notre première ensemble. Être poisson pilote de mon frère, ça ne me déplait pas. En tant que stagiaire, tu t’attends à rouler, aller chercher les bidons, ou ce genre de choses, là, dès le briefing du Tour de l’Ain, c’était clair : je devais en faire le moins possible pour aider Rudy.» Après en avoir bavé sur les routes escarpées de l’Ain, Pierre Barbier espérait voir plus loin que le simple stage chez les professionnels. «On m’a clairement fait comprendre qu’il pourrait y avoir une place pour moi en 2017… Ça motive !» concède le coureur du VC Rouen 76 le reste de l’année. «Même si tu n’as que 18 ans, ça te fait réfléchir. Dans le monde du vélo, c’est difficile de dire non à un contrat pro. Quel qu’il soit. Si l’an prochain je fais une année blanche, on peut ne plus rien me proposer. Ça va vite dans le sport !» Alors Pierre espère remonter aussi vite que possible sur le vélo, sans toutefois brûler les étapes. «Tu reviens trop fort, la blessure est mal soignée et tu retombes. Là, c’est tout le début de l’hiver qui serait compromis…» concède, lucide, le plus jeune des frères Barbier. Au repos pendant dix jours, sans toucher au vélo, le Picard attend désormais avec hâte la décision des médecins, le 1er septembre. «Je vais profiter de ce repos pour voir les copains ! (rires) Le reste de l’année, on est à fond dans le vélo. C’est l’occasion.» Décompresser un peu avant de revenir plus fort pour la fin de saison, tel est le souhait de Pierre Barbier.

Par Josselin Riou
@josselin_riou

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