Jérémy Lecroq : «Nous, les Français, 
on a notre petit confort !»

Dans quelques jours, Jérémy Lecroq s’envolera direction le Qatar, Doha et ses championnats du monde de cyclisme (du 9 au 16 Octobre). Mais en attendant, le coureur du CC Nogent sur Oise vit ses dernières heures en tant que stagiaire professionnel au sein d’une équipe, Klein Constantia, qui ne sera plus présente dans les pelotons en 2017. Vie de stagiaire avec Jérémy Lecroq.

Il a 21 ans, des rêves de gosse et quelques craintes. Jérémy Lecroq est loin d’être un inconnu dans les pelotons. Depuis les jeunes catégories, le Francilien «marche» comme on dit dans le milieu. En 2011, il prend la troisième place d’une épreuve du Trophée Madiot, compétition de référence chez les cadets. Champion d’île de France dans cette même catégorie, il s’émancipe chez les juniors en rejoignant Argenteuil. Deux ans plus tard, et quelques belles places en poche (Champion d’Île de France, vainqueur du GP Fernand Durel, 5e de la Bernaudeau, 8e d’étape sur le Tour d’Istrie avec l’équipe de France), Lecroq s’engage avec le CC Nogent sur Oise. Trois années qui vont le mener vers les sommets.

Jérémy Lecroq champion d'Île de France Cadets / Alex Roma
Jérémy Lecroq champion d’Île de France Cadets / Alex Roma

Rarement vainqueur, un succès en 2014 et un autre en 2016, Jérémy Lecroq sait se placer. Deuxième de Paris-Connerré en 2014 et 2015, il signe tous ses podiums de la saison 2015 sur des épreuves Élites Nationales. De quoi taper dans l’oeil de certains recruteurs. Klein Constantia, la réserve d’Etixx Quick Step le contacte. «J’ai alors pesé le pour et le contre. Je ne savais pas si j’étais capable de franchir le cap entre la DN1 et le monde professionnel. J’ai alors décidé de rester à Nogent.» explique cet espoir troisième année. Mais la porte menant vers le haut-niveau ne s’est pas entièrement refermée.

Au cours de l’année 2016, le directeur sportif belge le contacte de nouveau. «Il voulait savoir comment se passait ma saison, quels étaient mes objectifs pour la suite et prendre de mes nouvelles.» Quelques semaines plus tard, le manager revient. «C’était après l’étoile d’Or. Il m’a proposé de les rejoindre en tant que stagiaire pour la fin de saison. J’ai accepté.» Dans le même temps, Jérémy Lecroq est en contact avec HP-BTP Auber 93. Mais la formation continentale francilienne ne prendra qu’un seul coureur en stage cette saison et le choix de Stéphane Javalet se porte sur Damien Touzé (CC Etupes). Pas grave. C’est à l’étranger que Lecroq va faire ses armes dans les pelotons professionnels. Sur les traces de Florian Sénéchal, Julian Alaphilippe ou Rayane Bouhanni, autant de Français passés professionnels après avoir porté le maillot de la structure tchèque, créée en 2013.

«Je suis super heureux de vivre ça. Tu découvres tellement de choses. C’est une superbe expérience. Humaine et sportive. Il y a près de dix nationalités dans l’équipe alors tu apprends. Des nouvelles façons de voir le cyclisme, de s’entrainer, de manger, de courir. Tu te mets à parler quelques langues étrangères ! Le Tchèque, l’Anglais, le Flamand, l’Espagnol. Tu voyages. Avec mes coéquipiers, je suis allé visiter Prague par exemple. C’est magnifique.» C’est donc à l’étranger, loin des bastions français, que le Francilien progresse, grandit et apprend. Si la barrière de la langue a pu le freiner, désormais, Jérémy Lecroq s’en accommode. À sa façon. «Le directeur sportif me parle un peu français et moi, je me force à ne lui répondre qu’en anglais. Et quand je n’y arrive pas, c’est Kenny Molly, un équipier belge qui parle français, ou Rémi Cavagna, l’autre français de l’équipe, qui me viennent en aide.»

Au coeur d’une équipe où les cultures se mélangent, le coureur du CC Nogent sur Oise ne cesse d’apprendre. «Jhonatan Narvaez par exemple. Un Équatorien de 19 ans. Espoir première année. Un super grimpeur ! Il vit un mois à Gérone, en Espagne, et un mois chez lui. Il m’a raconté son quotidien. Parfois, à l’entrainement, il monte un col pendant 1h30. Lui, vit à 3000 mètres d’altitude. Nous les Français, on a notre petit confort. Difficile de s’en détacher !» relativise-t-il.

Pas verni cette saison, Jérémy Lecroq garde le moral. Un mental d’acier mis à rude épreuves. «Deux mois avant la reprise, je me casse deux côtes. Puis je chute deux fois sur le Tour de Provence, avec l’équipe de France. Ça me prive d’un Top 5. Avant le GP de Buxerolles (Coupe de France DN1), j’attrape la grippe. Et malgré ça, je fais 10 de Gand-Wevelgem Espoir le week-end suivant. Puis j’ai un problème mécanique sur le chrono par équipes du ZLM Tour (Coupe des Nations) que j’avais terminé 5e l’an dernier.» On croit la liste terminée. Non, Jérémy poursuit. «Paris-Roubaix U23. Un gros objectif de la saison. En route pour un Top 10, j’étais super. Je crève sans assistance derrière mon groupe. Mon groupe électrique m’a lâché sur le Tour de Mareuil et Verteillac. Et plus récemment avec Klein Constantia, je crève en pleine bordure, à 20 bornes de l’arrivée. Je rentre et je fais 3e…» Loin d’être défaitiste, le stagiaire fait preuve de sang froid. «C’est dans ces moments-là que l’on apprend et que l’on grandit. Je passe vite à autre chose et je me concentre sur l’objectif suivant.» Aussi solide dans sa tête que dans ses cuisses, Lecroq se félicite d’être toujours bien entouré et soutenu. Jamais, il ne baisse les bras.

Alors même quand Klein Constantia annonce qu’elle quittera les pelotons à l’issue de la saison 2016, Jérémy ne baisse pas les bras. Il accompagnera même sa formation jusqu’au bout, lors de l’Olympia’s Tour (27 septembre – 2 octobre). «Ce sera la dernière course de l’équipe avant qu’elle ne s’arrête.» Alors qu’on pouvait légitimement l’imaginer les rejoindre en 2017, ses plans ont changé. «Je suis en contact avec une équipe continentale pour la saison prochaine. J’en saurai plus après l’Olympia’s Tour.»

Après en avoir su davantage, Jérémy rejoindra les Bleus pour filer vers Doha. Doha, le Qatar, sa fournaise et son championnat du monde où les espoirs français sont réels… en Espoirs. Rapide, malin, toujours placé, Lecroq pourrait aussi tirer sa carte du jeu. En tout cas, lui, ne baissera pas les bras.

Par Josselin Riou
@Josselin_Riou

Une réflexion sur “Jérémy Lecroq : «Nous, les Français, 
on a notre petit confort !»

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s