Tony Periou au rendez-vous

Sur les terres de son enfance, Tony Périou est devenu champion de France Espoirs de cyclo-cross, samedi, à Lanarvily (Finistère). Dans la peau d’un parfait outsider, le Breton licencié au VCP Loudeac est parvenu à se parer d’or, privant ainsi Clément Russo, vainqueur sortant, d’un doublé. Ambiance.

Il y a quelques semaines, alors que les articles à son sujet pleuvaient sur la toile, Tony Periou confiait à La Gazette des Sports ne pas vouloir se mettre la pression pour ce premier grand rendez-vous d’un mois de janvier… chargé. Dans son monde, l’ancien coureur du Drennec, façonné à Plabennec, passé par le BIC 2000 et désormais à Loudeac, l’a été jusqu’au bout. Sur la ligne de départ, entouré des cadors de la discipline, Russo en tête, Tony Periou concentre l’attention et les espoirs de tout un peuple, le sien : la Bretagne.

Quelques heures avant lui, Louise Moullec décrochait le bronze chez les cadettes. Antoine Huby, en Or, et Axel Laurance, en bronze, brillaient chez les cadets. Le public, pas chauvin pour un sou, et ça se comprend, se devait de porter Tony Periou jusqu’au bout. Jusqu’à la plus haute marche du podium. Cinquante minutes durant, jamais il n’aura failli. Ou plutôt, jamais ils n’auront failli. Car ni le public, nombreux, ni le double champion de Bretagne U23, n’ont cessé de croire en un potentiel exploit.

Jamais, Tony Periou ne semble s’être affolé. Pas même quand Joshua Dubau, Tanguy Turgis et le grandissime favori Clément Russo sont partis. Peu envisageait alors qu’un retour de l’arrière était possible. Mais le trio s’est regardé dans le blanc des yeux. L’enjeu d’un championnat, la pression d’un maillot tricolore, des choix à faire, à assumer. Le sport dans toute sa splendeur. Dans toute son incertitude. Dans toute sa beauté. Rien n’est couru d’avance. Ce serait trop facile et tellement moins charmant.

Mais quand le groupe de tête se reforme, à l’entame du final, sous l’impulsion d’un certain Tony Périou, et que Joshua Dubau et Clément Russo, décidément intenables, décident de repartir, la messe semble belle et bien dite. Au rayon des expressions que l’on a coutume d’entendre dans les prairies plus ou moins boueuses, «La course n’est pas terminée tant que l’on n’a pas franchi la ligne d’arrivée !» pourrait suffire à résumer ce que devait, probablement, se répéter Tony Périou son sous casque à hermines, customisé suite à son titre régional. À chaque tour, porté par la foule massée sur le circuit du Maingant, le Finistérien du Drennec, à cinq kilomètres de là (!), impressionne par son envie, sa hargne, son courage. Pas question d’abandonner son rêve de sacre.

Derrière les verres transparents de ses lunettes, le regard du jeune champion en dit long. Il est tantôt porté loin devant, à l’affût de la moindre faute d’un adversaire, d’un piège caché dans les sous-bois de Lanarvily, tantôt hagard. Perdu. Si la fatigue ne transpire pas dans le coup de pédale de Tony Periou, elle ressort de ses yeux. Il parait à la limite. Mais le sportif de haut niveau les repousse. Continuellement, le champion se surpasse. La force supplémentaire, le Breton l’a peut-être puisée sur l’asphalte, lorsqu’à chaque tour de circuit, il voyait son nom et son surnom «Ti’Touns» inscrits en gros caractère défiler sous ses boyaux. Son retour sur la tête de la course était inespéré. Mais sa prise de responsabilités dans le final l’était davantage. Lui l’outsider, comme il aimait à se décrire, prend les commandes de la course dans le final. À trois devant, il s’assure une médaille. Un moindre mal. Mais surtout, il se laisse la chance de l’emporter, de revêtir la tunique tant convoitée.

Mains en bas, à l’image de l’excellent routier qu’il est lorsqu’il n’écume pas les sentiers de Bretagne, il aborde le dernier virage en tête. Clément Russo, calé dans la roue du breton, sait que l’affaire ne sera pas simple. Mains sur les cocottes de freins. Joshua Dubau, lui, comprend rapidement qu’il devra se contenter de la médaille de bronze. Le duel entre Russo et Periou est lancé. À toute allure. Le public s’égosille, martèle les panneaux publicitaires, frappe dans ses mains, crie, hurle puis se tait, l’espace d’un instant. Une seconde. Le temps pour Tony Periou de lever les bras au ciel. La foule repart de plus belle, tels des supporters d’une équipe de football qui vient de marquer le but de la victoire dans les arrêts de jeu. L’enfant du pays est sacré. Le petit Poucet a mangé les favoris. Et de quelle manière !

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Plus que la victoire, c’est le scénario qui enthousiasme. Persévérant, ce petit gars du bout du monde est arrivé à ses fins. Au prix de quel labeur. Leçon de courage, de force, de vélo. Année après année, le Finistérien a franchi les échelons. Bon coureur chez les cadets puis les juniors, il explose en Espoirs jusqu’à monter sur la première marche d’un podium national, à domicile. L’histoire est belle. Ému aux larmes, entouré de ses proches, tout aussi touchés, Tony Periou est entré dans l’histoire de Lanarvily. Cette belle et grande histoire qui dure depuis 60 ans et qui n’est sans doute pas près de s’arrêter. Pour le plus grand bonheur des amoureux de cyclo-cross.

Photos : Thomas Maheux – thomasmaheux.photodeck.com
Par Josselin Riou

@josselin_riou

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