La France, en marche pas encore à vélo

Ce mardi 9 mai, autour de l’hippodrome de Longchamp à Paris, plusieurs cyclistes ont tenu tête à des automobilistes mettant en danger la sécurité des passionnés de la petite reine. Un témoignage du ras le bol qui touche le monde du vélo.

La scène est criante. Paris. Hippodrome de Longchamp. Il est 19h30 et le soleil rayonne au-dessus de la capitale. Des centaines de cyclistes, de tous niveaux, tournent autour de l’hippodrome sur la célèbre piste cyclable qui leur est dédiée. Cette boucle de 3650 mètres ravit les férus de cyclisme qui y trouvent refuge, sept jours sur sept, 365 jours par an. Mais bien trop souvent, les incivilités des automobilistes mettent en danger les très nombreux cyclistes circulant à Longchamp.

La piste cyclable est réservée aux cyclistes. Mais dans la montée, 700 mètres à 4%, menant à la ligne d’arrivée, la circulation est ouverte et autorisée, en contre-sens. Les débordements sont légions. Franchissements de ligne blanche, vitesse excessive dans une portion descendante limitée à 50 km/h… Mais ce mardi soir, jour d’affluence à Longchamp, les voitures étaient arrêtées. Prises dans les interminables bouchons parisiens. Impatients, des dizaines d’automobilistes ont entrepris de faire demi-tour pour s’extirper de l’attente. Une décision totalement folle alors que des dizaines de cyclistes arrivent en face, certains lancés à plus de 45 km/h, en position de contre-la-montre !

Une, puis deux, puis trois. Les voitures filent, dans le même sens que les coureurs, mais sont obligées de s’arrêter lorsqu’elles tombent sur d’autres véhicules en train de manoeuvrer. Pour les personnes au volant, tout est normal. La ligne blanche au sol, ne semble pas les déranger. La venue de plusieurs dizaines de cyclistes, par grappes successives, non plus, si ce n’est moins encore. Ahurissant.

Pour marquer le coup, plusieurs cyclistes ont décidé de poser pied à terre et de barrer la route aux véhicules circulant sur la piste cyclable. Lentement, mais sûrement, les automobilistes ont fait demi-tour. Non sans s’énerver. Les automobilistes ne perçoivent pas le danger que représente la venue d’un groupe de cyclistes, lancés à pleine vitesse. Une personne à vélo, la tête dans le guidon, se sentant en sécurité sur une route qui lui est réservée, où les automobilistes sont interdits, n’a AUCUNE raison de se demander si une voiture l’attend au tournant. Aucune. Le risque d’accident est donc incroyablement élevé lorsqu’un automobiliste s’aventure ici.

À vouloir gagner une poignée de secondes, en faisant demi-tour, ces as du volant auraient pu enlever la vie à plusieurs cyclistes, partis de chez eux, quelques minutes auparavant en saluant leur femme, leurs enfants, leurs parents. Ces cyclistes pourraient être un membre de votre entourage. Le proche de l’un de vos proches. Pourquoi mettre leur vie, notre vie, en danger ? À chaque sortie, un au-revoir peut se transformer en un adieu. Et ça n’arrive pas qu’aux autres.

Non, même les cyclistes professionnels sont confrontés à ces incivilités. Chris Froome, ce matin-même, dans le sud de la France, renversé par un automobiliste impatient de le doubler ! Triple vainqueur du Tour de France, champion du quartier ou cycliste du dimanche, nous sommes tous égaux sur un vélo. Tous vulnérables. Tous fragiles. Seul notre casque, lorsqu’il est porté et bien porté (!) nous protège.

Soyons solidaires ensemble, cyclistes, pour faire évoluer les mentalités. Soyons solidaires pour que les comportements irrespectueux envers notre sport ne soient pas légions et qu’ils soient dénoncés puis sanctionnés. Ne restons pas là, sans voix, face à de tels comportements. Ne nous contentons pas de dire «eh tocard !» et de continuer à rouler. Non, agissons pour faire évoluer les mentalités. Arrêtons-nous pour éduquer ces personnes qui, souvent, ne sont qu’ignorance. Sensibilisons les jeunes générations.

C’est certain, beaucoup, en lisant ces lignes, se diront que les cyclistes ne sont pas tous irréprochables. Et c’est vrai. Force est de constater que certains grillent les feux tricolores, ne respectent pas les priorités à droite, les stop ou autres instructions du Code de la Route. C’est vrai. Est-ce une raison pour forcer le passage quand il n’y a pas la place de doubler ? Est-ce une raison pour faire demi-tour lorsque c’est interdit, mettant la vie de cyclistes en danger ? Non. Si les réactions humaines sont imprévisibles, les politiques ont le pouvoir de les endiguer en protégeant les pratiquants et les routes, comme Longchamp, qu’ils empruntent.

Car j’en appelle aux pouvoirs politiques et à leur conscience. À Paris, on se targue d’accueillir l’arrivée du Tour de France, chaque année, sur la plus belle avenue du monde, totalement fermée à cette occasion. C’est bien. Mais le reste de l’année, circuler à vélo, dans la capitale est un véritable parcours du combattant. La mairie, et la Maire Anne Hidalgo, souhaite améliorer cet aspect. Commençons par sécuriser les circuits de Longchamp et Vincennes, véritables lieux de pèlerinage du cyclisme à Paris. Poumons sportifs de la ville, ils ne doivent pas être des couloirs de la mort mais bien des anneaux de paix et de tranquillité, de plaisir, de bonheur, de partage entre amoureux de la Petite Reine. La France a décidé de se mettre en marche. Parviendra-t-elle, un jour, à se mettre à vélo ?

Par Josselin Riou
Journaliste & cycliste
@josselin_riou

2 réflexions sur “La France, en marche pas encore à vélo

  1. Bravo. Le mépris des conducteurs pour les cyclistes est aussi scandaleux qu’irrationnel.

    Une remarque : évitons le terme « renversé » qui – passif et minimisant – déresponsabilise le conducteur. On renverse un verre de vin, pas un être humain sur un vélo. Dans le cas de Froome c’est particulièrement vrai : le conducteur a tenté de le blesser avec 3 tonnes de métal et de plastique. « To ram » (le verbe qu’il a utilisé) c’est ce qu’on fait avec un bélier pour enfoncer une porte !

    D’autres termes sont pires. Le commentateur de L’Equipe à osé « incident » et « bousculé » à propos de Froome et Scarponi « était au mauvais endroit au mauvais moment »

    Aux US on se bat pour que « crash » remplace « accident » pour des raisons semblables : http://crashnotaccident.com

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