Félix Pouilly : « Je vais me battre ! »

Pouilly stage 2

Félix Pouilly : « Je vais me battre ! »

Par Josselin Riou

En 2012, Félix Pouilly était sacré champion de France Junior de cyclisme sur route. La Chapelle-Caro (56) avait vu l’avènement d’un futur grand. Mais après sa première année chez les Espoirs avec le CC Nogent Sur Oise, le ch’ti souffre d’une endofibrose iliaque. Cette blessure pourrait l’écarter des courses durant plusieurs mois. Il a accepté de se confier à La Gazette des Sports.

Félix Pouilly (France Avenir 2012 Junior 2) 3

« Vendredi dernier (24 janvier), on m’a diagnostiqué une endofibrose iliaque à la jambe droite. C’est une sorte de « bouchon » dans les artères qui envoient le sang aux jambes. Mon débit sanguin est limité. Depuis ma reprise de l’entraînement, en novembre, j’avais remarqué que je « toxinais » énormément lorsque l’effort était soutenu. Surtout de la jambe droite. Je me suis dit que c’était normal. Après tout, à la reprise, il faut remettre la machine en route. Mais ça ne s’est pas amélioré, au contraire.

Avec des copains, on est allé faire un stage en Espagne. On se tirait la bourre dans certains cols. Mais je coinçais assez rapidement, ma jambe droite paralysée par l’acide lactique. Et puis je suis tombé sur l’interview de Boris Zimine (jeune retraité du cyclisme, ex-Roubaix Lille Métropole, ndlr). Il parlait de cette douleur. Ce fût le déclic ! En moins d’une semaine, j’ai eu rendez-vous pour un angio-scanner. Cet examen a confirmé ce que je pensais : une endofibrose des deux côtés. Marquée sur ma jambe droite et assez légère à gauche.

2014

Actuellement, j’essaie de trouver un rendez-vous rapidement avec un chirurgien. A la base, je devais être pris en charge à Lyon, mais les délais sont longs. Avec mes proches, nous étudions les autres possibilités qui s’offrent à nous. Angers semble également être une solution plausible. Mais en attendant, je continue à m’entraîner « normalement ». Ce problème n’est pas dangereux en soi. C’est juste un facteur limitant la performance. D’ailleurs, je ne ressens la douleur que lorsque je suis à allure chrono. En endurance ou à allure soutenue, je ne ressens rien. Jusqu’à l’opération, je continuerai de m’entraîneur dur. Si je me relâche dès maintenant, ce sera encore plus dur de reprendre !

Lorsque je me ferai opérer, je devrai suivre une rééducation. Elle est estimée à environ dix semaines. Dont les six premières semaines sans même toucher au vélo. C’est ce que l’on m’a dit lorsque je me suis renseigne auprès d’un coureur ayant subi la même opération. C’est long. Mais ma saison ne sera pas finie ! En entendant le diagnostic, je me suis dit : « Ok. Ca a beau être long, je reviendrai. » Je m’attends déjà à vivre quelques jours compliqués mais j’ai quelques objectifs en tête. J’espère me faire opérer avant la fin du mois.

2013

En ce moment, ce qui m’attriste le plus, c’est de ne pas pouvoir aller en stage avec mon club, le CC Nogent. Le week-end du 25/26 janvier, j’étais encore avec eux. L’ambiance était vraiment géniale. Et j’ai vraiment de bons amis. Je pense notamment à Justin Mottier, l’une des recrues que je connais depuis que j’ai 14 ans.

A mon avis, le CCNO version 2014 a le potentiel pour gagner la Coupe de France DN1. Vraiment. L’équipe est beaucoup plus forte que l’an passé. Il y a eu pas mal de recrutement. Et pas seulement des Espoirs 1 sortant des rangs juniors. Non, il y a aussi des coureurs confirmés. Et parmi les jeunes de l’an dernier, je pense que Marc Fournier et Anthony Turgis ont les moyens de devenir des piliers de l’équipe. Ils marchent très fort. J’espère pouvoir être à leurs côtés quand tout cela sera derrière moi. Je vais me battre.

Médecine

L’œil expert de Jean-Jacques Menuet :

Quand on parle d’une blessure, il est souvent difficile pour les lecteurs de comprendre de quoi il s’agit exactement. La Gazette des Sports a décidé de demander à un spécialiste s’il pouvait nous éclairer sur le sujet. Jean-Jacques Menuet, docteur en médecine et nutrition du sport, ancien médecin de l’équipe professionnelle Sojasun, a accepté de répondre à nos questions.

La Gazette des Sports : Qu’est-ce que l’endofibrose iliaque ?
Jean-Jacques Menuet : « Cette pathologie n’est pas si rare que ça. Elle concerne avant tout le cycliste, mais aussi le coureur à pied, le triathlète ou encore le joueur de foot. L’endofibrose de l’artère iliaque externe se caractérise par un épaississement de la paroi interne de cette artère qui est responsable de l’irrigation sanguine des muscles de la cuisse. C’est de la fibrose qui diminue le calibre de l’artère. Pendant l’effort, le débit sanguin est insuffisant pour assurer la vascularisation de la cuisse. Apparaît alors une douleur dont la description est caractéristique. Par exemple, le cycliste décrit sa douleur ainsi : « Dès que je suis au max, j’ai l’impression que la cuisse va exploser. Elle est rouge. J’ai l’impression que le cuissard est trop serré. Quand je diminue l’intensité de l’effort la douleur s’estompe, puis elle revient si je dois de nouveau accélérer ». C’est la notion de « claudication ». C’est à dire que l’intensité de la douleur varie en fonction de l’intensité de l’effort.

GDS : Comment contracte-t-on cette maladie ?
J-J Menuet : Cette pathologie s’installe de façon progressive. Elle se développer au fur et à mesure que la carrière du sportif avance. Quand le sportif commence à présenter des douleurs c’est que la maladie est déjà installée. Les médecins du sport spécialisés dans le cyclisme connaissent bien cette maladie qui ne concerne pas que les « vieux » coureurs. Ce qui semble être le principal facteur de déclenchement de cette pathologie c’est l’intensité des charges d’entraînements. De jeunes coureurs ayant débuté le cyclisme tôt peuvent présenter cette maladie dès l’âge de 20 ans. Il semble qu’on parle beaucoup plus souvent de cette endofibrose depuis quelques années tout simplement parce qu’on en fait plus souvent le diagnostic. En médecine on ne trouve que ce que l’on cherche. Quand on interroge des personnes ayant arrêté le vélo, on retrouve de nombreux cas de cyclistes qui présentent cette pathologie mais chez qui le diagnostic n’avait pas été porté.

GDS : C’est assez fréquent chez les sportifs ? Pourquoi ?
J-J Menuet : Certains sportifs ne présenteront jamais de lésion de cette artère malgré de très grosses charges d’entraînements et de compétitions. D’autres sportifs, eux, en seront victimes à un jeune âge, si bien qu’il semble exister une prédisposition individuelle. L’artère iliaque externe, située en haut de la cuisse, est en position « pliée » chez le cycliste dont la cuisse est fléchie contre le bassin, surtout si ce cycliste adopte une position très en avant, « couché sur sa machine ». Pendant l’effort le débit sanguin est nettement augmenté (le débit cardiaque augmente). Le sang circule dans les vaisseaux à grande vitesse et avec beaucoup de force. Ce jet sanguin vient buter dans le « coude » (qu’on dénomme plutôt « plicature ») que forme cette artère dans le haut de la cuisse. La paroi de l’artère est irritée. Elle s’enflamme et s’épaissit progressivement. Il se forme donc un rétrécissement et les muscles de la cuisse ne sont pas assez irrigués. La douleur est équivalente à celle d’une crampe. C’est souvent quand le cycliste monte une bosse que les premières douleurs apparaissent. En contre la montre, le coureur est également handicapé par cette douleur, car dans cet exercice l’intensité de l’effort est supra maximale et le torse est penché en avant.

GDS : Comment se soigner ?
J-J Menuet : Le seul traitement est la chirurgie. L’artère est rétrécie et aucun médicament ne peut la déboucher. Sinon, le cycliste décide d’arrêter son sport. S’il mène une vie sédentaire, il ne sera pas gêné, même s’il devra continuer à se faire surveiller. Avant de penser à la chirurgie, il faut bien sûr être certain du diagnostic. Sur les données de l’interrogatoire, réalisé auprès du patient, on soupçonne l’endofibrose. Mais cela ne suffit pas, elle doit être confirmée. L’angio-scanner avec reconstruction en 3D est l’examen le moins agressif. Le plus souvent, il permet de retrouver la diminution du calibre de l’artère. On injecte un produit qui opacifie les artères puis on fait le scanner. On dispose alors de la cartographie des artères des jambes. On peut aussi mesurer le flux sanguin (examen « doppler ») des jambes au repos puis juste après un gros effort de type sprint. On constate la diminution de ce flux sanguin au niveau de la jambe concernée. Il existe d’autres examens comme l’artériographie, plus agressif, ou l’angio-scopie, plus fiable. Mais cette chirurgie est très spécialisée. Dans le monde, peu de spécialistes ont vraiment l’expérience de cette pathologie.

GDS : Quelle est le temps de rééducation moyen ?
J-J Menuet : Une expérience ancienne dans le cyclisme m’a amené à constater que tous les cyclistes ont pu revenir à leur meilleur niveau. Après l’intervention chirurgicale, le coureur reprend progressivement l’entraînement au bout d’un mois. Le délai moyen entre la chirurgie et le retour à la compétition est de l’ordre de 8 à 10 semaines. C’est le chirurgien en charge de l’opération qui fixe les délais de reprise. »

Merci à Alexia Tintinger, Alexanne Bonnier, Thomas Maheux et Leslie Corbel pour leurs photos. Plus de clichés sur leurs sites et pages Facebook respectifs.

2 réflexions sur “Félix Pouilly : « Je vais me battre ! »

  1. Bonjour
    je reviens de chez mon ostéopathe qui ma conseiller de me documenter sur emprisonnement de l artère iliaque en effet j ai 56 ans je suis sportif depuis l age de 6 ans 50 ans de sport j ai jouer au football pendants 42 ans et je faits également de la courses a pied plus particulièrement du trail (courses en montagne) de 15 a 80 kms voila lors des trail de plus de 25 kms environs je suis sujet a des crampes a l intérieur des cuisses gauche et droite en même temps qui surgissent subitement qui me clous littéralement sur place un coup de fusil donc je termine mes trail tant bien que mal en boitant et en trottinant et quelques jours pour m en remettre .
    je suis aller voire mon médecin du sport qui ma fait faire des analyses sanguin résultat négatif rien dans les analyses , il m’a fait faire également une biopsie musculaire des muscles interne des cuisses négatif également .
    pensez vous que cela puisse venir d un emprisonnement de l artère iliaque ? c est ce que pense mon
    ostéopathe est que cela donne des crampes a l intérieur des cuisses ? aujourd’hui je n’ose plus m’inscrire a des trails tellement les crampes sont violentes
    je mesure 1.72 m pése 59 kgs cours 6/7 jours pars semaine

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