Guillaume Mouchard : « J’ai eu très peur ! »

Guillaume Mouchard le coureur du CM Aubervilliers 93Guillaume Mouchard : « J’ai eu très peur ! »

Espoir 1ère année, Guillaume Mouchard a bien failli être emporté par sa passion. Le 24 novembre dernier, le coureur du CM Aubervilliers 93 prenait le départ du cyclo-cross de la Ferté-Gaucher (77). Un dimanche habituel. Mais cette course vira au drame. Un instant. Une seconde. Et tout aurait pu s’arrêter. En exclusivité pour La Gazette des Sports, Guillaume Mouchard revient sur cet événement douloureux qui a marqué sa vie.

« Je n’avais plus de forces »

« Je commençais à ne plus être lucide. Je venais tout juste de passer au poste de dépannage. J’ai regardé mon père et je lui ai fait un signe de tête. Je ne me sentais pas bien. Je suis arrivé dans une cuvette de deux mètres et j’ai glissé de la roue avant. J’ai tapé mes côtes sur le guidon… Mes souvenirs sont flous. Je ne pouvais plus respirer, j’avais le souffle coupé. J’ai atterri sur mon côté gauche. Je commençais à ne plus avoir de forces. Mes yeux se fermaient tout seul. J’ai eu très peur.

Je me souviens qu’il y avait les deux petits Cadets de l’US Métro, Tanguy Turgis et Matthieu Legrand. Ils essayaient de m’aider mais ils ne pouvaient rien faire. J’ai perdu connaissance à ce moment-là. J’entendais ce qu’on me disait mais je n’avais pas la force de répondre. Un monsieur est venu m’aider après ma chute. Il m’a mis sous assistance respiratoire. Je devais commencer à leur faire peur (Sourires). Je suis resté environ une heure sur le circuit, par terre. Les secours sont arrivés vraiment lentement. J’étais dans un gouffre inaccessible pour les pompiers. Ils ont attendu que je retrouve mes esprits avant de me déplacer. Par la suite, ils m’ont transféré à l’hôpital de Coulommiers. C’est là que les ennuis ont commencé…

« Je voyais que quelque chose clochait…»

Guillaume Mouchard

Mes blessures étaient nombreuses. J’ai chuté lourdement et la douleur était immense. J’en pleurais. Je demandais sans cesse de la morphine, des cachets, quelque chose pour ne plus avoir mal. J’avais un hématome de cinquante centimètres sur mon nerf sciatique. Les médecins m’ont diagnostiqué une monoplégie de la jambe gauche, trois côtes fracturées et un tassement de vertèbres ! J’ai passé énormément d’examens en trois semaines. Rien que le soir de ma chute, j’ai subi deux scanners, deux radios et une IRM. Je suis tombé sur la tête et il fallait s’assurer que mon cerveau n’était pas touché.

Au lendemain de mon accident, je ne pouvais pas marcher. Je n’avais pas dormi de la nuit. Je répétais à mon cerveau : « Bouge ma jambe ! » Mais rien ne se passait. Le lendemain, un médecin a osé me dire : « Je te laisse jusqu’à midi pour bouger ta jambe, sinon… » Je lui ai immédiatement répondu : « Sinon quoi ? Vous pensez que je le fais exprès ? » Bizarrement, ce toubib n’est jamais revenu me voir. J’ai eu très peur à ce moment-là. Je voyais bien que quelque chose clochait. Je n’avais pas le moral. J’étais dépité. Je dois avouer que j’ai dépensé beaucoup de larmes. J’ai étais effrayé de ne jamais remarcher ou remonter à vélo.

« Je devenais fou ! »

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J’ai passé trois semaines en hôpital. A la base, je devais seulement y rester pour une nuit d’observation. Je ne me rendais pas vraiment compte de ce qu’il m’arrivait. On m’a administré beaucoup de médicaments. J’étais K.O ! Après une semaine à Coulommiers, j’ai demandé à être transféré à Paris, dans un hôpital spécialisé en neurologie. C’est là que la galère a commencé. Quand je suis arrivé sur la capitale, j’ai senti que ça n’allait pas aller. Je ne me sentais vraiment pas à l’aise. Ma famille m’a convaincu de rester car les médecins étaient des spécialistes. Mais rien n’allait. Les médecins et les infirmières n’étaient pas attentionnés. Je n’étais pas suivi comme je l’aurais souhaité. C’est un très grand hôpital. Les soignants ne pouvaient pas s’occuper de moi. J’ai été délaissé. Quand je les appelais la nuit, pour aller aux toilettes, ils me répondaient texto : « Pourquoi vous aider ? Vous ne pouvez pas marcher ? ».

Les premiers jours, j’avais le moral. Je pense que ça passerait vite. Mais le temps passait et ma bonne humeur s’en allait. J’avais l’impression de ne pas voir le bout du tunnel. Je devenais fou ! Je craquais souvent. J’étais aigri. J’ai passé deux semaines à Paris. Je ne pouvais plus tenir, je rouillais sur mon lit. Alors j’ai voulu partir. Mes parents ont insisté car l’hôpital ne voulait pas que je parte. Et pourtant, il n’y avait aucune progression médicale. J’avais perdu l’appétit. Je n’ai pas mangé pendant cinq jours. J’ai perdu cinq kilos. L’un de leurs médicaments m’a détruit l’estomac. J’étais encore plus malade qu’en arrivant. C’était un cauchemar. Finalement, j’ai réussi à entrer dans le meilleur centre de rééducation en France ! Le centre Jacques Calvé de Berck-Sur-Mer (62). J’ai immédiatement constaté que tout allait revenir dans l’ordre. En deux jours, j’avais progressé plus qu’en trois semaines. Les patients, les médecins, les kinés. Tout le monde était gentil. On était tous là pour s’en sortir…»

Chapitre II : No Pain, No Gain.

« J’ai aimé faire rire les gens » 

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J’ai commencé à faire des petites vidéos sur les réseaux sociaux. Un soir, à l’hôpital, on ne m’avait pas donné mes médocs. Alors j’ai voulu pousser un petit coup de gueule humoristique. J’ai fait une petite vidéo pour me plaindre. C’est vrai que ça a fait le buzz. J’ai été surpris. J’ai aimé faire rire les gens. C’était ma manière de dire que j’avais le moral et de remercier tous ceux qui me soutenaient. J’ai continué. Je recevais trop de messages et d’appel pour répondre à tout le monde. C’était inhabituel pour moi de recevoir tant de soutien. Chaque message reçu me rendait plus fort ! Même en fauteuil roulant, je gardais le moral. Attention, je ne dis pas qu’il y avait toujours des sourires. Des moments de doute et de tristesse perduraient. Tout n’était pas rose. Mais à travers ces vidéos, j’aimais passer du temps à trouver des choses drôles pour que les internautes rigolent et se disent : « Lui, tu vois, il rigole même après son accident. »

J’ai vraiment été soutenu par ma famille. Il n’y a pas un seul instant où mes proches n’ont pas été là. Des amis comme Sébastien et Christophe Piry, Morgan Lehoux, Martin Oliveira et sa famille mais aussi ma copine. Ils m’ont remonté le moral. Je ne pourrai pas citer tout le monde. Mais ceux-là ont été les plus proches. J’ai vécu une sale période. C’est dur de vivre seul dans une chambre d’hôpital. J’ai énormément douté. J’avais envie de tout arrêter. Je recevais un coup de fil et ça repartait. J’étais motivé pendant une heure et ça recommençait. Quand je suis arrivé au centre de rééducation, j’étais motivé à 300 000%. J’étais redevenu un battant. Je n’avais plus aucune appréhension. Je travaille dur, bien plus que les autres. Mes séances de kiné sont deux fois plus longues que la normale. Je passe mes journées à la gym ou à la musculation. Je ne m’accorde qu’une heure de pause par jour pour manger.

« J’en ai pris plein la gueule !» 

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Jusqu’à lundi dernier (14 Janvier 2014) j’étais en fauteuil roulant. Je progressais tellement que les médecins m’ont demandé d’arrêter le fauteuil. C’est fou, mais lorsque l’on voit quelqu’un dans un fauteuil roulant, on le regarde différemment. Au début, je ne supportais pas le regard des gens. Je demandais souvent : « Mais pourquoi tu me regardes comme ça ? Je suis normal. » J’étais énervé, mais je comprenais. Puis de ce fauteuil, j’en ai fait un jeu. Les vidéos où je joue à l’équilibriste ont été ma réponse à cette chaise roulante. J’ai fini par accepter de vivre assis. Il le fallait bien mais ça n’a pas été simple. En arrivant au centre de rééducation, il n’y avait que de ça. Des gens en fauteuil. Avec une jambe, sans jambes ou avec des prothèses. J’en ai pris plein la gueule ! Là, j’ai réfléchi. J’ai regardé mes jambes et je me suis dit : « Oh mec, regardes toi. Tu n’as rien comparé à eux ». Ça a été un déclic pour moi et ça a fait avancer les choses. Je sais qu’aujourd’hui, je suis plus fort qu’avant. Désormais, c’est à moi d’en faire une force sur le vélo.

Guillaume_Mouchard_en_compagnie_de_Benjamin_GélabertMalgré mon fauteuil roulant, j’étais présent lors des championnats de France de cyclocross. J’étais venu encourager mon beau-frère, Benjamin Gélabert. Quel plaisir de retourner sur un cyclo-cross. Mais un plaisir mêlé à une appréhension. Depuis ma chute, je dois reconnaître que cela me fait un peu peur. En arrivant sur le circuit, j’ai été sollicité de toutes parts. Le but n’était pas de me montrer. Je venais soutenir Benjamin. Tout l’hiver, nous avons travaillé ensemble pour préparer cette saison hivernale. On roulait tout le temps à deux. Suite à mon accident, il m’a beaucoup aidé. Il a souvent été à mes côtés. C’est notre point fort. Quand l’un de nous deux ne va pas bien, l’autre sait trouver les mots justes pour que ça aille mieux. Malgré mon amour pour le cyclo-cross, je ne suis pas trop pressé de refaire une course… Et pourtant, dieu sait à quel point j’aime cette discipline.

« J’ai reçu presque 300 messages de soutien » 

Aujourd’hui, je suis à cinq semaines de rééducation. Je commence à remarcher. J’ai eu la chance que ma kinésithérapeute me motive dans les moments difficiles. Tous les jours, je progresse. Je porte une genouillère car c’est mon muscle releveur qui ne fonctionne plus correctement. Le releveur, c’est le muscle qui te permet de lever tes doigts de pied et de mettre un pied devant l’autre. Mon pied traîne encore par terre. Mais j’ai confiance en moi et en tous ceux qui s’occupent de moi chaque jour. Je commence à être connu au centre de rééducation. Je les fais rire. Ils m’appellent tous « Mouchy » et maintenant j’ai des béquilles roses fluo. Je suis leur star parisienne. Je ne sais pas quand je sortirai. Mais à la fin du mois de février, l’équipe Espoir du CM Aubervilliers93 part en stage. Et je ne veux louper cela sous aucun prétexte. C’est important pour la cohésion d’équipe.

Guillaume_Mouchard_court_régulièrement_en_Belgique

J’ai reçu un soutien incroyable. Je me suis amusé à les compter pour rigoler. Presque 300 messages… ça en fait un paquet. Martin Oliveira, mon colocataire au Sport Etude me disait que c’était vide sans moi et que je lui manquais. Le seul fait que les gens me demandent des nouvelles ça me montrait qu’ils pensaient à moi. Quand je suis sorti de l’hôpital, beaucoup sont venus à moi. J’ai eu un bon feeling avec un magasin de cycle sur Charleville-Mézières. Il souhaitait m’aider dans ma rééducation. Je tiens à remercier ce monsieur qu’est Steve Zanet. J’en profite également pour remercier Niels Brouzes, mon entraîneur depuis un an. Il n’a jamais cessé de croire en moi. Il me fait confiance et sait que je vais revenir. On va travailler fort pour retrouver mon meilleur niveau en 2014. Je remercie ma famille, mes amis qui me soutiennent chaque jour. J’ai une pensée pour mon club, le CM Aubervilliers 93 qui me laisse le temps de me rétablir. Je leur dois beaucoup pour tout ce qu’ils font pour leurs jeunes coureurs. Je n’oublie évidemment pas mon père, Philippe. Sans lui, je ne serais pas là où je suis aujourd’hui. Tous les jours, il s’investit au maximum pour moi. C’est mon premier sponsor. Je lui dois beaucoup !»

Par Josselin Riou
@Josselin_Riou

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