La classique des Alpes – «Animer n’est pas gagner»

Chaque année, tous les coureurs cyclistes juniors de France attendent ce rendez-vous. La classique des Alpes. La plus belle mais aussi la plus dure. Troisième manche de la Coupe de France, cette épreuve est révélatrice des grimpeurs. Français mais aussi étrangers. Schleck, Boom, Barguil ou Wellens y ont brillé. Cette année, la chaleur a écrasé de son empreinte la 20ème édition de la Classique des Alpes. La Gazette des Sports s’immisce au sein du peloton et vous fait vivre la course de l’intérieur. Reportage.

Samedi 7 Juin – Chambéry. Il est tout juste huit heures. Le soleil revêt son habit de lumière. Il fait déjà une vingtaine de degrés. La journée s’annonce longue, chaude et harassante. Les coureurs épinglent leur dossard. Venus de toute la France, ces coureurs de 16 à 18 ans n’attendent qu’une chose. En découdre avec les cols alpestres. Ici, au pied du Phare de Chambéry, salle emblématique du club de handball de la ville, les coureurs se suivent sur le podium. Face à eux, se dresse l’un des plus illustre monument du cyclisme français. Daniel Mangeas. La voix d’argent de la petite reine. Le speaker du Tour de France honore sa dernière participation à la Classique des Alpes. A coup de petites blagues et d’anecdotes du siècle dernier, Mangeas le Normand anime cette épreuve comme personne.

La centaine de jeunes coureurs au départ se plongent dans l’univers du professionnalisme. La Garde républicaine est là pour assurer la sécurité. Ils descendent tout droit de la capitale, où ils protégeaient la reine Elizabeth, la veille au soir. Les voitures de commissaires ? Pas des Clio ou des twingo. Les Skoda officielles du Tour. Sous l’arche de départ se succèdent les champions. D’aujourd’hui ou d’hier. Geoffrey Soupe (FDJ.fr) est le parrain de l’épreuve. Clément Chevrier (Bissell Development) et ses copains de Chambéry Cyclisme Formation sont également là pour contempler leur relève. Le Blaireau n’est jamais très loin. Bernard Hinault et ses cinq tour de France ne loupe pas une édition de la Classique. Toujours avide d’encourager les jeunes, d’autant plus lorsqu’ils sont bretons. Un parterre de noms qui font rêver. Pour une course qui anime les passions.

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Dès le départ, le ton est donné. Durant plus de dix kilomètres, les 150 juniors déambulent tranquillement dans la banlieue chambérienne. Jusqu’au Lac du Bourget, là où le départ réel est donné. Au pied de la première difficulté du jour : le col du chat. D’entrée. Pas de répit et pas de cadeaux. Premières attaques signées Ermenault. Vite contré, l’ascension est rapide. Mais au sommet soixante ou soixante-dix coureurs basculent ensemble. L’élimination par l’arrière, prévue, est effective. C’est dans la vallée que la course se décante enfin.

Par grappe de trois coureurs un groupe de tête se détache. Ils seront finalement seize à l’avant de la course. Bravant la chaleur suffocante et les premières pentes abruptes du Mont Tournier. Les 35 degrés de la Savoie en refroidissent certains. L’écart grandit entre les échappés et le peloton. Loin d’être résigné, ce dernier va se réveiller. A l’avant, la différence se fait naturellement. Teddy Rascle (Rhône-Alpes) subit la chaleur et le rythme élevé imposé par les cadors. Ça grimace mais ça s’accroche pour les Darmont, Audebrand et autre Dujardin. Un Languedocien au maillot grand ouvert est aussi là. Visiblement dans le dur, le Montpelliérain d’adoption, originaire de Nantes n’apprécie guère la montagne. Quelques hectomètres plus loin, ils ne seront plus que sept en tête. Le début de la «bonne».

La bonne échappée. Celle que tout le monde convoite. Celle qui ira truster les premières places du classement. Ces sept iront pour la plupart chercher une place dans le Top 15. Uniquement repris par les meilleurs dans les dernières pentes escarpées du Mont du Chat, juge de paix de la journée. Mais pour les neuf lâchés, la galère débute à peine. La Gazette des Sports a sauté dans la roue de Josselin Riou. En difficulté dans le Mont Tournier, le coureur languedocien voit Victor Lafay (Rhône-Alpes), cinquième à l’arrivée, le dépasser à la vitesse de l’éclair dans la descente. Ni une ni deux. Lafay et Riou dévalent les routes usées menant à la prochaine difficulté à toute allure. Dans la courte vallée, ils reprennent Gabin Finé (Rhône-Alpes), Louis Louvet et Aymeric Dury (Bourgogne). Maxime Darmont (Pays de Loire) et Valentin Richard (Nord-Pas-de-Calais) viennent renforcer ce contre de sept éléments. Enfin sept… Pas longtemps. Les coureurs locaux dynamitent l’épreuve. Finé et Lafay emmènent Richard sur leur porte-bagages. A eux trois, ils reprendront l’échappée du matin avant qu’il y en ait définitivement partout !

Pour les autres, il faut s’accrocher. Au sommet de la troisième difficulté, la côte de Saint-Genis, on vient tout juste de passer la mi-course. C’est d’ailleurs à ce moment précis que l’on croise Louis Louvet, troisième des Boucles du Canton de Trélon (2e manche de la Coupe de France), arrêté sur le bord de la route. Appuyé sur son vélo. La mine déconfite. L’air dépité. Il ne repartira pas et voit ses rêves de Classique s’envoler. Si les échappées continuent de caracoler en tête, dans le peloton, ça grimace. Josselin Riou est avalé par le peloton à hauteur de la zone de ravitaillement. Le peloton se neutralise. Les voitures de directeur sportifs sont appelés à la rescousse. Il faut pallier aux fortes chaleur du jour. Plus d’une dizaine de bidons par coureurs pour cette Classique des Alpes.

Alors que le Col de la Crusille pointe son nez, le peloton accélère. Les coureurs les plus justes atteignent le point de rupture. Celui de non-retour. Le moment où le corps ne réponds plus. Où le cerveau entre dans une phase de fatigue démentielle. Mais cette quatrième difficulté ne fera pas de réel dégâts. C’est la suivante qui s’annonce terrible. Juge de paix de cette épreuve, le Mont du Chat effraye et réjouit. C’est la que la course commence pour les favoris. C’est là qu’elle s’arrête pour beaucoup. Un à un, les coureurs sont distancés. Seul au milieu de la foret. La route s’élève et le pourcentage s’accentue à chaque hectomètre. À l’arrière, impossible de former un groupe. Chacun monte à son rythme. À l’arrachée. A mi-pente, une fontaine et deux jeunes filles. Elles proposent de l’eau fraîche. Les coureurs font mieux que ça. Ils s’arrêtent. Posent les vélos et se ravitaillent directement à la source. Un Picard ira encore plus loin en plongeant dans la fontaine. Pas froid le garçon.

Mais il faut repartir. Alors que Rémy Rochas s’envole vers la victoire sur ses terres, David Gaudu dans la roue, derrière ça galère. Dans la descente, les attardés manquent de lucidité. Certains partent à la faute et chutent. D’autres, comme Yan Gras et Josselin Riou s’offrent des frayeurs. Le compteur approche les 75 ou 80 kilomètres à l’heure. À cette vitesse, la sortie de route ne pardonne guère. Heureusement, tout se termine bien. Dans le final, c’est à chacun pour soi. Sur les bords du lac d’Aiguebelette, difficile de continuer à pédaler. Le bitume chauffe. Les jambes des coureurs aussi. Pendant ce temps-là, des dizaines de jeunes s’en vont se baigner dans le lac. Un travail mental sans précédent !

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En arrivant dans le final, plus grand chose. Les spectateurs ont déserté les lieux. Les signaleurs sont tout juste encore présents. Ce n’est pas très bon signe. Le petit groupe dans lequel La Gazette des Sports se trouve accuse finalement un retard de 31 minutes. L’arrivée de ses courageux passe presque inaperçue. Le protocole a déjà commencé. Les photographes ont investi la ligne d’arrivée, face au podium. La voix de Daniel Mangeas prend le pas sur tout autre bruit environnant. Un petit wheeling pour bien finir la journée. Loin des projecteurs, des fleurs et autres récompenses. Juste le plaisir d’avoir fini. De l’avoir faite une fois dans sa vie. D’avoir animé une partie de la plus belle course de France. Mais le sport est cruel. Le cyclisme peut-être encore plus. Animer n’est pas forcément gagner. Persévérer pour réussir. Encore et encore. Toujours plus.

Par Josselin Riou
 @Josselin Riou

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Photographe officielle de La Gazette des Sports : Gwendolène Poisson.
Pus de photos signées Lucas Bézy Photographies sur Facebook.

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