Philippe Mauduit, l’homme qui murmure à l’oreille des champions

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Philippe Mauduit, l’homme qui murmure à l’oreille des champions

Dans le sport, les spectateurs adulent joueurs ou coureurs. Ceux qui les font vibrer et rêver à longueur de compétitions. Mais derrière ces performances se cachent une fourmilière sans laquelle rien ne serait possible. Tout ce «staff» qui travaille dans l’ombre pour la réussite de leurs protégés. Pour vous, La Gazette des Sports s’est intéressée au travail de Philippe Mauduit. A 46 ans, l’ancien coureur cycliste s’est reconverti en directeur sportif. Aujourd’hui employé de la formation Tinkoff-Saxo, le collègue de Bjarne Riis (vainqueur du Tour de France 1996) a accumulé les expériences. Aujourd’hui, il vous raconte les dessous du métier.

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Nous sommes au début du mois de mars. Philippe Mauduit prend la route. Il est l’heure de rentrer chez lui, dans la Vienne, après un séminaire en Belgique. Ce fût l’occasion d’étudier la nouvelle réglementation puis de plancher sur la refonte prochaine du World Tour, la première division professionnelle du cyclisme. Le directeur sportif de Tinkoff-Saxo est alors en pleine préparation pour son prochain voyage : Tirreno-Adriatico. Une semaine de course en Italie où Contador ira chercher le succès sous ses ordres. Mais à l’époque, Philippe Mauduit ignore tout de la prochaine réussite de ses hommes. Lorsqu’il nous accorde cet entretien téléphonique, l’homme est décontracté. Ni les fritures de la ligne ni même le vrombissement du moteur ne le perturbe. Le moment est rêvé pour nous de découvrir son univers. Celui d’un chef d’équipe chargé d’organiser et de superviser sans droit à l’erreur.

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La Saxo : une véritable petite entreprise

Un directeur sportif, on le voit assis dans sa voiture, derrière son volant. Parfois il crie dans les oreillettes. Il dissémine ses quelques conseils et ravitaille ses coureurs le moment venu. Sinon un directeur sportif ça fait quoi ? Et bien contrairement à ce que certains peuvent penser, un «DS» comme on dit, ça bosse. Et plutôt deux fois qu’une. «L’hiver, nous faisons l’inverse des coureurs.» Indique Philippe Mauduit. Obligés. C’est lors de la sortie du calendrier officiel, validé par l’Union Cycliste Internationale (UCI), fin Septembre, que le travail des directeurs sportifs peut commencer.

«A ce moment-là, il nous faut choisir les courses pour la saison prochaine. Définir le calendrier des coureurs mais aussi celui du staff, précise Philippe, l’un des boss de la Tinkoff-Saxo. Ensuite, il faut contacter les organisateurs pour s’inscrire. Puis faire concorder tous les calendriers en fonction des objectifs que nous nous fixons. Ça nous prend un temps fou !»

Chaque équipe se voit confronter à cette contrainte du calendrier. Dans le monde professionnel, mais aussi amateur. Les manières de procéder diffèrent. Chez la Tinkoff-Saxo, Philippe Mauduit est seul à coordonner toutes les équipes de la formation danoise. Une fois ce travail terminé, à la mi-novembre, c’est le moment de partir en vacances. Mais pas trop longtemps quand même. C’est que la saison suivante arrive à grands pas.

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Directeur sportif : le job des responsabilités

Etant l’une des plus importante équipe du cyclisme professionnel actuelle, l’équipe Tinkoff-Saxo, financée par le milliardaire Oleg Tinkov, dispose de moyens colossaux. De ce fait, pas moins de six directeurs sportifs cohabitent sous le même blason. «Entre DS, on se répartit le boulot en fonction de l’expérience et de l’affection de chacun envers la course ou les coureurs.» Explique Mr Mauduit, désormais numéro 1 dans la hiérarchie de la formation danoise. «Cette place de numéro Un me confère le rôle de coordinateur. C’est donc moi qui cherche et diffuse les informations et je fais en sorte que tout le monde reçoivent les mêmes.» Le maître mot rythmant le travail de Philippe Mauduit ? Que tout le monde travaille dans de bonnes conditions. C’est peut-être là que réside la clé du succès des Jaunes & Bleus.

Mais pour réussir, le directeur sportif doit avant tout travailler sur sa propre personne. Comme les coureurs, il peut subir la pression et le stress d’une première course. Des responsabilités et du devoir de résultats. «Dans le peloton des DS, on voit ceux qui sont capable de cacher leur stress, et les autres. C’est propre à chacun, mais il ne faut pas que ça ait une influence sur le groupe.» Commente-t-il à La Gazette des Sports. Pour lui, c’est le soucis de bien faire qui créé cette pointe de stress. Parfois néfaste. Souvent bénéfique. «Il me pousse à aller plus loin. J’aime avoir un peu de pression !» Renchérit Philippe, la passion au fond de la voix.

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Si cette pression semble indissociable du métier de directeur sportif, elle s’ajoute à celle des coureurs. Qu’il faut savoir gérer, contrôler et canaliser. Dans l’esprit du commun des mortels, les petits jeunes qui découvrent le professionnalisme sont morts de trouille à l’idée de s’aligner sur les monuments de la Petite Reine. Oui, il est vrai. Mais pas que…

«Les jeunes qui débarquent sont stressés. C’est naturel. Mais il ne faut pas oublier que les coureurs les plus expérimentés ont aussi leur moment de stress. Sur les courses importantes. Ou des étapes cruciales. On sent que les mecs sont concernés.»

Dans ces moments-là, c’est donc au directeur sportif d’intervenir. Comme un père rassurant son fils. Le discours est maîtrisé. Différent envers chaque coureur. La règle d’or c’est l’adaptation. Impensable de s’adresser de la même manière au jeunot de vingt-deux ans qu’à l’expérimenté quadra qui à presque tout connu. Pour vaincre le stress il n’y a pas de vérité. Pas de formule magique. Seul le mot juste rassurera. Le mot qui convient. Le mot qu’il faut. Sans être intrusif, les directeurs sportifs passent du temps avec leurs coureurs. Apprennent à les connaître. Physiquement, certes. Mais surtout psychologiquement. C’est aussi ça le métier de DS. L’écoute.

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Expériences diverses. Réussite grandissante.

L’écoute, Philippe Mauduit la pratique depuis une petite dizaine d’années. En 2003, il fit ses armes au Team Nippo-Hoddo avant de signer chez Bouygues Télécom puis chez Cervélo. Une progression qui lui fait découvrir un environnement différent. La structure est à chaque fois d’une taille supérieure. Les moyens augmentent mais dans le fond, pas énormément de différences.

«Bjarne (Riis) et Jean-René (Bernaudeau) sont deux types de managers totalement différents. Les points communs les rapprochant sont rares. Ils ont été professionnels tous les deux. Il faut savoir que le métier de Directeur Sportif ne dépend pas de la structure dans laquelle vous évoluez. Mais davantage de l’envie de ce que vous faîtes et de la façon dont vous appréhendez les courses. Pour moi ça n’a pas changé de Bouygues à Saxo.»
Philippe Mauduit

En dix ans de coaching, le Tourangeau a connu des émotions. Toutes aussi fortes et marquantes les unes que les autres. Alors comment en sortir un du lot ? C’était en 2005. Philippe Mauduit est alors aux commandes de Vendée U. La réserve de Bouygues Télécom. Matthieu Rompion est un coureur de qualité mais un cruel manque de confiance en lui l’empêche de conclure. Sur Jard-Les Herbiers (Elite Nationale), il se retrouve échappé en compagnie de son beau-frère ! «Je l’ai vu totalement perdu…» Se souvient l’ancien directeur sportif de la formation vendéenne. Rompion n’avait encore jamais connu les joies de la victoire. A l’époque, les oreillettes sont encore autorisées au sein du peloton amateur. Philippe s’évertue à rappeler à son coureur qu’il est le plus fort des deux. «Je lui ai dit que ça se passerait bien. Qu’il allait gagner.» En voyant Matthieu Rompion s’imposer, l’entraîneur ne pouvait que s’estimer satisfait.

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Si ce souvenir demeure impérissable, les émotions vécues à la tête d’une équipe professionnelle ne passe pas forcément par la victoire. Si Philippe Mauduit aime la sensation de la victoire, il se régale de tout ce qui se passe à côté. «C’est ce que le sport à de magique. Il est générateur d’émotions fortes.» Justement en abordant ce sujet, le Frenchie de chez Saxo nous compte un souvenir… marquant.

«Vous vous souvenez du coup des bordures sur le Tour de France 2013 ? Tout le monde disait qu’on allait s’ennuyer sur cette étape. Prévue comme une étape de transition. D’habitude, on laisse partir les échappés. On roule à 35 km/h et c’est fini. Mais là, on a tout bousculé! C’est aussi ça la magie du sport. Personne ne s’y attendait. On a pas gagné cette étape. Mais on a procuré de l’émotion aux gens. Quand tu es dans la bagnole et que tu communiques avec tes coureurs c’est magique.»
Philippe Mauduit

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«Être professionnel m’a énormément apporté» P.Mauduit

Après une carrière remarquée chez les amateurs, Philippe Mauduit signa un contrat professionnel au sein de la formation bretonne Besson Chaussures. C’était l’année 1999. Bien qu’il ne resta qu’une année parmi l’élite du cyclisme, ce laps de temps fût instructif. A l’époque, les moyens financiers sont limités. Idem pour les moyens humains et matériels de l’équipe Besson Chaussures. C’est un peu le monde de la débrouille. Dans ces conditions, la réussite est compromise. Suite à cette saison professionnelle, Philippe Mauduit raccroche le vélo. Plus jamais il ne prendra le départ d’une course, le dossard sur le dos. Non. Désormais, les courses, il les vit depuis sa voiture. Et si ses capacités sont désormais reconnues à l’international, c’est aussi grâce à son passage à Besson Chaussures.

«Durant cette fameuse année 99, j’ai appris tout ce qu’il ne fallait pas faire ! C’est vrai que c’était très compliqué pour l’équipe de fonctionner correctement avec les moyens dont on disposait. Tout ce qui nous a manqué me reste en mémoire. Quand j’ai commencé ma carrière de directeur sportif, je ne savais pas ce qu’il fallait faire. Mais je savais déjà ce que je ne devrai pas faire…»

Après un passage en compagnie des Japonais de Nippo Hoddo, Philippe Mauduit tente de créer une structure pour aider le cyclisme nippon. Il va donc recevoir des coureurs du Soleil Levant, chez lui, à Poitiers. Il les inscrits à la faculté et les inscrits sur toutes les plus belles courses bretonnes. Cette envie de transmettre la passion du cyclisme, de coacher, de superviser anime le Tourangeau. Aujourd’hui, Alberto Contador ou Roman Kreuziger dominent. Demain, Rafal Majka. Et qui pour après-demain ? A Philippe Mauduit de dénicher la prochaine star. Celle qui fera les beaux jours de la Tinkoff-Saxo.

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