« Tu ne gagnes pas ta vie en tant que tennisman »

L’enfant de la région, le Montpelliérain Dorian Descloix, 26 ans, 80e joueur français, s’est livré à La Gazette des Sports. Une interview sans concessions, dans laquelle il présente les difficultés d’un joueur à évoluer dans le circuit ATP.

Gazette des Sports : C’est la 5e édition de l’Open Sud de France cette année. Un tournoi que tu connais bien, puisque tu joues « à domicile » ici. Comment as-tu vu ce tournoi évoluer ?
Dorian Descloix : « L’Open Sud de France commence à prendre de l’ampleur. C’est un très beau tournoi. Au vu des retours que j’ai auprès des autres joueurs, les conditions sont très bonnes lorsqu’on joue ici. On a la chance d’évoluer dans la deuxième plus grande salle de France (ndlr : après Bercy). Par contre, vu la taille de la salle, le public pourrait être plus au rendez-vous. Si le tournoi passait en ATP 500, ça créerait peut-être plus l’événement, car ça pourrait faire venir des joueurs du Top 10 en plus des stars françaises.« 

GDS : Le public montpelliérain est venu en masse pour te soutenir pour ton match samedi, que tu as perdu face à Grégoire Burquier (7-6[13-11] 6-2). Un match assez compliqué pour toi.
D.D : « Oui, j’ai dépensé beaucoup d’énergie dans le premier set. Avec Grégoire, on ne pouvait pas se départager. Ça a été très disputé, mais il a pris l’ascendant psychologique quand il a remporté le premier set au tie-break. Je n’ai pas pu revenir derrière. Mais le public continuait à me soutenir parce que je suis l’enfant du pays, ça m’a fait extrêmement plaisir, même si j’aurais préféré leur donner une victoire.« 

GDS : Tu as été invité par le tournoi, car tu ne fais plus partie du circuit ATP. Pourquoi as-tu fait ce choix ?
D.D : « J’ai décidé de quitter le circuit ATP l’année dernière, à la fois pour des raisons personnelles et pour des questions financières. J’ai fait le choix de ne disputer que les tournois français, organisés par les CNGT (Circuits Nationaux des Grands Tournois). C’est sûr, c’est moins exposé et moins classe que d’être dans le circuit ATP. Mais au final, je joue autant, voire plus que dans le circuit ATP, je gagne presque mieux ma vie et surtout j’ai un train de vie plus confortable. Si je perds un match, je peux être chez moi deux heures après. C’est pas comme quand j’étais au bout du monde. Je ne vois que des avantages à être sorti du circuit.« 

"Difficile de durer sur le circuit lorsqu'on est pas dans le Top 100", confie Dorian Descloix / ©David Caro
« Difficile de durer sur le circuit lorsqu’on est pas dans le Top 100 », confie Dorian Descloix / ©David Caro

GDS : C’est difficile de durer dans le circuit ATP quand on a pas un très bon classement au niveau mondial (son plus haut classement : 666e en juillet 2010) ?
D.D : « Si tu veux, quand tu n’es pas dans le Top 100, tu ne gagnes pas ta vie en tant que tennisman. L’argent que tu gagnes te sert à payer tes frais de joueur : tes déplacements de tournoi en tournoi, ton entraineur, tes taxes, tes nuits à l’hôtel quand tu n’est pas invité dans les compétitions, etc. Si à la fin de l’année, il te reste 1 000€, tu peux t’estimer heureux. On est loin des sommes exorbitantes que peuvent gagner les joueurs du Top 10. Quand tu remporte un tournoi Future (premiers tournois ATP), tu remportes au maximum 1 500€. Rien qu’en remportant ton premier tour à Roland Garros, tu gagnes 24 000€. Il y a un gros problème de répartition des récompenses sur l’ensemble du circuit. C’est la masse de « petits joueurs » qui permet aux stars de gagner autant. La Fédération Internationale de Tennis (ITF) commence à s’intéresser au problème, car pas mal de joueurs ont dénoncé le fossé qui peut exister entre ces deux mondes.« 

GDS : Tu as une licence STAPS en préparation physique. C’était important d’avoir un diplôme avant de devenir tennisman professionnel ?
D.D : « C’était primordial. Entre les blessures et les contres-performances, on ne sait jamais de quoi la vie d’un tennisman peut être faite. C’était une vraie sécurité. Mais ça m’a fait entrer dans le circuit à 22 ans, là où la plupart des jeunes joueurs deviennent pros à 16 ou 17 ans. Je m’entrainais en dehors de mes cours, au Tennis Club Pierre Rouge (ndlr : quartier Beaux Arts à Montpellier) ou en indoor au centre de la Grande Motte l’hiver. En plus, avoir passé ce diplôme me permet maintenant de gérer ma préparation physique seul, sans l’aide d’un coach.« 

GDS : Et tu penses faire carrière en tant que préparateur physique ou entraineur par la suite ?
D.D : « Je ne sais pas. Pour l’instant, je reste tennisman, j’ai encore quelques belles années devant moi (rire). En plus, ça me permet de continuer à créer des contacts dans le milieu pour la suite de ma carrière. Mais une chose est sûre, je continuerai à travailler dans le sport.« 

GDS : Ton parcours dans cet Open Sud de France n’est pas terminé, tu joues en double avec Gaël Monfils. Comment te sens-tu à l’idée de partager l’affiche avec lui ?
D.D : « Ça met bien la pression de partager l’affiche avec Gaël. C’est un très grand joueur, qui a une aura incroyable. Il suffit de voir comment le public est derrière lui, peu importe où il joue. On s’est rencontré ici, à l’Open Sud de France, lors de la première édition. Il cherchait un joueur de la région avec qui s’entrainer. On a beaucoup sympathisé, si bien qu’il m’a emmené avec lui sur certains tournois. Ça a été une super expérience. Pour ces doubles, j’ai vraiment envie d’être à la hauteur. Mais ça ne m’empêchera pas de prendre du plaisir, de m’amuser sur le terrain et de vivre ce moment à fond !« 

David Caro
@DavidCARO35

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s